« La parentalité et son exercice »
Dominique PENÉ
Docteur en Sciences du Langage, Psychologue Clinicien
La clinique met en avant que les troubles de l'enfant ne s'inscrivent pas de façon unilatérale chez celui-ci mais a nécessairement un impact sur le parent. Il arrive aussi que des troubles chez ce dernier entraînent quelques conséquences chez l'enfant. La clinique oblige à interroger sociologiquement ce statut du parent et celui-de l'enfant, mais aussi de ce qu'on appelle la parentalité. Fréquemment, ce terme est utilisé sans pour autant savoir de quoi il retourne précisément. Par ailleurs, le plus souvent on s'en tient à ses modalités d'existences supposées ou préconçues , voire plus exactement à ses défaillances ou se laisse appréhender comme tel.
Doit-on poser la parentalité comme naturellement présente ? D'autre part, qu'est-ce que la parentalité et sur quel processus s'appuie cette fonction. La clinique met en évidence que quelques parents, et ceci indépendemment de l'affection apportée aux enfants, ne sont pas en mesure de poser ce qui est couramment appelé une éducation. Si l'usuel est réalisé comme les apprentissages en vue de l'acquisition du langage, de la propreté, ... des défaillances apparaissent. Concernant ces apprentissages de base, on saisit qu'ils se font naturellement dans le sens où ils ne mobilisent pas le parent. Si le parents doit se mobiliser, sortir de ses habitudes, selon les situations, on appréhende des défaillances plus ou moins importantes. Parmi les défaillances le plus souvent répertoriées se trouvent, concernant le jeune enfant, l'éveil, la stimulation, la socialisation. Ces défaillances évoquées, schématiquement, s'éprouvent dans la façon dont le parent fait accéder l'enfant au social. On peut remarquer que ces parents ont aussi quelques difficultés à s'inscrire dans ce social, non pas par une difficulté à y participer (travail, etc.) mais par leurs façons de se gérer dans ce cadre ou par quelques difficultés à se construire un univers cohérent. Nous retrouvons cela dans les situations de parents présentant quelques fragilités psychologiques, voire des troubles importants dans cette dimension. Aussi, si l'individu lui-même éprouve quelques difficultés à s'inscrire ou à construire ce cadre, quelle construction offre t-il à son enfant. En conséquence, quelle appréhension l'enfant fera t-il de ce qui lui est proposé ?
Des situations moins catastrophiques existent, c'est-à-dire ne mettant pas en oeuvre une telle défaillance dans la construction d'un univers cohérent. Ces défaillances peuvent être temporaires, en lien avec un épisode traumatisant de la vie ou en lien avec ce qu'on appelle le plus souvent un manque de maturité.
Le sujet de la parentalité est fréquemment traité ou plus exactement il est évoqué les conséquences et séquelles qu'engendre les difficultés que rencontrent les parents dans leurs actions auprès de leurs enfants. Aussi, il me paraissait nécessaire de poser, indépedemment de ces conséquences et séquelles, ce qu'est la parentalité. Le cadre conceptuel de la Théorie de la Médiation permet ceci et permet de différencier ce qui ressortit du processus et des modalités d'existences. Aussi, dans les travaux, à partir de situations cliniques, je propose une définition. De celle-ci il ressort, succinctement, qu'est en jeu la capacité à s'inscrire de façon cohérente dans un cadre social dans lequel s'exerce la capacité à assumer des responsabilités, donc à être responsable.
Comment exercer une responsabilité auprès d'autrui alors qu'on éprouve soit même quelques difficultés à se positionner comme responsable vis-à-vis de soit même. Situé dans le champ de la théorie de la médiation, la parentalité apparait ainsi copnceptuellement comme la capacité à exercer une responsabilité auprès de l'enfant et ceci indépendemment de ses modalités d'exercices comme évoqué précédemment. La principale responsabilité du parent est de faire advenir l'enfant au social, de lui permettre de trouver place au sein de l'environnement qu'il sera susceptible de cotoyer dans sa vie d'adulte. C'est à partir de là que ce dernier pourra, à son tour, exercer cette responsabilité tant sur lui-même que sur son petit.
Il arrive que l'enfant vienne mettre à mal cette parentalité. Ceci se produit lorsque l'enfant est porteur de diffultés importantes pouvant interdire la parentalité naturelle. La situation de l'enfant présentant d'importantes difficultés vient rompre le lignage et la filiation. J'ai pu développer ces différentes positions et situations à partir de situations cliniques.
De nombreux ouvrages traitent des difficultés de l'exercice de la parentalités à partir de situations cliniques, mais poser ainsi une définition et cerner le processus permets de mieux appréhender les situations de défaillances ou d'absences d'exercice de ce processus qu'on peut nommer dysparentalité et aparentalité selon le niveau d'altération du processus. Cela permet aussi de cerner les possibilités d'interventions. Ce processus de la parentalité s'étayant sur la capacité à exercer de la responsabilité dans le cadre social correctement identifié présente quelques points commun avec ce qu'on appelle couremment la capacité à être citoyen.
Etre parent n'est pas de facto. Le désir d'enfant chez le parent n'indique en rien sa capacité à être parent. Aussi serait-il nécessaire de différencier ce qui est du géniteur et du parent. La clinique du normal et du pathologique met en évidence que le parent oscille sans cesse dans le cadre de cette fonction entre responsabilité et culpabilité. Les travaux de J.C. Quentel sur le sujet sont éloquants. Nous retrouvons chez la plupart des parents, en dehors de quelques situations où domine une altération importante de la personnalité, le souci de bien-faire pour l'enfant ou de donner de bonnes choses, c'est-à-dire d'avoir l'image d'un bon-parent. Ce souci est aussi présent chez des parents présentant des altérations de la capacité à être responsable mais lers mesures prises ne vont pas toujours dans le sens de l'intérêt de l'enfant. Etre parent, c'est penser l'autre qu'est l'enfant, c'est essayer de penser son intérêt, et pas nécessairement ses besoins, c'est discerner ses intérêts indépendemment de soi tout en étant dans le compromis.
La clinique du pathologique met aussi en évidence qu'au sein de l'unité parentale, un des membres peut être défaillant, partiellement ou en totalité, dans l'exercice de cette fonction. La question de l'exercice de la parentalité reste entière. Toutes les situations peuvent se rencontrer, la clinique est malheureusement riche de situations où l'enfant ne sait pas ou plus quelle réalité appréhender. La relation au parent dans sa dimension affective a un impact conséquent dans ces situations.
Ce sujet du parent, de l'enfant est loin d'être clos. La clinique oblige à d'importantes investigations.
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